Un mois et quelques jours plus tard, je suis de nouveau chez toi.
Tu as ouvert la porte, tu m'as dit bonsoir en m'appelant par mon nom de famille. J'ai dit quelque chose comme bonsoir monsieur, bonsoir le chat. Et je suis rentrée, tu m'as dit que mes chaussures étaient jolies, tu m'as demandé si elles étaient nouvelles. Je me suis installée et je les ai retirées, j'ai souri, j'étais bien, un peu de mal à l'aise.
Un restaurant, quelques sourires, un peu de gêne. Quand on attendait d'être placé, les gens nous regardaient. Ou te regardaient, je ne sais pas. Tu avais une veste blanche, un jean et un t-shirt noir. Je t'ai dit ta veste blanche est jolie là, c'est mignon. Tu m'as répondu que oui, il fallait qu'on soit accordé, avec ma robe blanche et ma veste noire. J'ai souri. Tu m'as embrassé, et le couple derrière nous regardait. C'est à chaque fois amusant, de croiser les regards sur toi.
C'était comme s'il n'y avait pas eu ces longues journées sans nouvelle. C'est comme si je n'avais pas pleuré la dernière fois. Comme si je n'avais pas dit que je ne voulais plus te voir. Comme si je n'étais pas partie le coeur lourd la dernière fois. Il a fallu qu'on s'apprivoise de nouveau, doucement, tranquillement. Je croisais les bras. Tu m'as lancé quelques piques, je t'ai envoyé te faire foutre. Plusieurs fois dans la soirée.
Discussion jusqu'à six heures du matin, fatiguée, épuisée, je savoure chaque seconde avec toi. Je regarde tes grands yeux bleus, je touche ton visage, je respire ton odeur, je joue avec tes cheveux, j'écoute ton rire. Je bois tes paroles. Je te regarde rouler, je te demande un cocktail magique, tu me sers un verre, je suis assise sur ton canapé, j'ai retiré mes chaussures, tu t'installes à mes côtés.
Nos jambes s'emmêlent, je caresse les tiennes, longues et fines. Je pose mes coudes sur tes genoux. Je passe ma main dans les cheveux, je les attache puis les détache. Tu regardes les photos sur mon téléphone. Tu me dis qu'il faudrait que je t'envoie, des comme ça. Je dis non. Tu me dis que je fais quasiment que des photos légèrement tendancieuses, je dis oui, j'aime bien me montrer. Je te montre la culotte que je portais la première fois que je suis venue chez toi, tu me dis j'aurais trouvé ça trop mignon. Tu m'as demandé si j'avais fait l'amour avec quelqu'un d'autre depuis la dernière fois. Je réponds non, c'est un mensonge. Je t'explique que je mens de temps en temps mais pas là, pas cette fois ci. C'est un mensonge de plus.
Je te souris, tu me dis que tu adores ce sourire, tu caresses mes cheveux, on écoute de la musique, on discute. Je regarde l'heure, il est une heure du matin. Je regarde quelque temps plus tard, il est cinq heures. Je ne sais pas où sont passées ces quatre heures. Elles se sont envolées, ce sont des heures que je ne rattraperais plus.
Ivre, je discute, je parle fort, je rigole, je parle de ma vie. Tu me racontes la tienne, tu me dis des choses, j'ouvre de grands yeux, j'éclate de rire. On parle de cette société qui refuse l'échec, de cette société qui met en avant des gens qui n'ont rien fait. De plus en plus ivre, nos conversations n'ont plus de sens, tu me dis que j'ai une culture populaire, je te réponds qu'il ne faut pas être élitiste à ce point là. Mais je prends quand même note des films que tu me conseilles. On parle littérature, je me sens idiote à tes côtés, on parle cinéma, je me sens bête, on parle musique, je ne répond plus de rien.
J'ai compris hier que je n'étais pas amoureuse de toi et que je ne le serais jamais. Je ne tomberais jamais amoureuse de toi. A un moment, tu me dis à l'oreille tu as beaucoup d'amour à donner, hein ? Je chuchote un oui, et je te demande un autre câlin. Quelques temps plus tôt, tu me disais que nous étions amis. Je t'ai répondu que bien entendu, nous n'étions plus dans la séduction, tu as rigolé et j'ai souris.
Je sais que tu essayes de me soumettre, que tu as envie que je dépasse mes limites, parce que tu penses que je le veux. Mais hier j'ai compris que non, je ne voulais pas être de ce côté là. Tu me fascines et je t'admire, mais je ne tomberais pas amoureuse de toi.
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