dimanche 21 décembre 2014

La beauté n'avait pas de bras

C'est difficile de partager sa solitude.

Mine de rien, j'ai bossé dessus. Des heures et des secondes à réfléchir à ce que je pourrais faire de mon temps, de mes silences, de mes respirations, de mes idées, de mes pensées. J'ai travaillé dessus, comment vivre avec moi même ? Comment être heureuse, comment utiliser son temps en étant seule ? Comment apprécier les choses sans jamais les partager ? Il parait que l'homme est un animal social, mais j'ai appris à contredire Rousseau, à vivre face à moi même, à ne parler à personnes pendant des heures, à chercher seule des réponses à des questions.

A une période, j'étais même incapable de communiquer. Je n'arrivais plus à me faire comprendre des autres, je suis entrée dans une sorte de mutisme émotionnel, parce que je n'arrivais pas à utiliser l'Universel pour exprimer le Singulier. J'ai appris à manger seule, à sortir seule, à me promener seule, à pleurer et à rire seule.

Alors, quand, un jour, un garçon arrive là dedans, dans cette solitude, et qu'il bouscule mes habitudes, je ne sais plus trop quoi faire. Je me retrouve au début de mon apprentissage de la Solitude, mais avec d'autres questions. Comment dire mon avis sans blesser ? Comment m'imposer sans l'écraser ? Comment dire non ? A quel moment parler et à quel moment se taire ? Comment vivre à deux ?

C'est difficile, souvent, d'ouvrir une porte, de laisser quelqu'un se faufiler dans une pièce que l'on tenait secrète. Le plus difficile n'est pas d'écouter quelqu'un, le plus difficile n'est pas de le laisser rentrer parce que ça, finalement, on y arrive. C'est pas dur, il suffit de lui dire bienvenue, de lui offrir une place pour s'assoir, de chercher un café, des petits gâteaux et puis de l'écouter parler.

Le plus difficile, c'est de parler, de retrouver la parole, de dire de nouveau, d'éduquer son cerveau à avoir de nouveau des conversations et pas seulement des monologues.

Hier soir, ou très tôt ce matin, j'étais dans son lit, et comme à chaque fois que je vais me coucher j'ai eu envie de pleurer. Alors lui, très patient, me dit qu'il est épuisé, je réponds qu'il peut dormir mais en vrai, j'ai les larmes aux yeux parce que je ne sais pas pourquoi, mais je ne veux pas qu'il s'endorme avant moi, parce que j'ai peur. Je lui dis, tu peux dormir, t'en fais pas, il me dit t'es sûre ? je réponds oui, mais j'ai les larmes aux yeux et le coeur qui se serre, parce que j'ai l'impression d'avoir été une imposteur depuis le début et j'ai envie de lui dire pardon, tu t'es trompé, j'ai réussi au début, mais là je sens que la dépendance revient parce que je sais pas être moi s'il y a quelqu'un d'autre.

Parfois, quand je réfléchis, je met tout sur son dos : c'est mon mécanisme d'auto défense. Il est trop ceci, il n'est pas assez cela. Mais j'ai appris quelque chose de la solitude, c'est que ce ne sont pas toujours les autres le problème, et quand ça se répète il faut réfléchir à soi même.

Sur le trajet, dans ma voiture, je me suis dit, encore une fois, que c'est moi le problème, parce que je ne vais pas assez vers lui, et que je ne fais que lui ouvrir la porte, mais moi je quitte la pièce. Je le laisse s'attacher à moi, tout doucement, grâce au transfert et à la projection, comme je ne suis personne, je peux être qui il veut.

Enfin, je crois. C'est difficile de n'avoir aucune certitude. Parce que peut être, en réalité, il m'aime pour ce que je suis vraiment, et que c'est moi qui pense que ça ne suffit pas et que je peux être mieux. C'est difficile, de ne pas être sûre de soi. Je ne sais pas ce que je vaux en société tellement j'ai appris à Être seule.

Tous les soirs, j'ai peur qu'il se réveille le lendemain en se disant que en fait, non, je ne vaux pas le coup. Combien de temps vais-je avoir cette peur ? Un mois ? Six ? Une année entière ? Est-ce que je serais capable, encore, de tout gâcher parce que j'ai besoin de trop ? Trop de tout, tout le temps. Beaucoup d'amour, beaucoup d'attention, beaucoup de tendresse, beaucoup de douceur mais apparemment, je suis incapable de les accepter, de prendre les compliments pour ce qu'ils sont, tout comme je n'arrive pas à être rassasiée de câlins et quand il me dit vas te démaquiller, je suis triste à l'idée de me décoller de lui, et quand je lui dis au revoir, j'ai envie de pleurer quand je me reprends toute la solitude sur le dos et que je le vois marcher vers le métro.

Il m'arrive, de temps en temps, de me dire qu'il faudrait, comme souvent, tout arrêter dès maintenant pour ne pas souffrir dans quelque temps.

mercredi 19 novembre 2014

J'ai compté les étoiles tomber

Je trainais sur un quelconque site de rencontre, je ne lis pas tous les mails que je reçois, j'ouvre celui ci par hasard.

Un jeune homme, vivant quelque part aux Etats-Unis, m'écrit qu'il est difficile de grandir en restant ce que nous sommes vraiment. Il ajoute que je ne dois jamais laisser mon éclat se ternir. Evidemment, en anglais, c'est toujours plus joli.

Et, c'est amusant, mais encore une fois, je vais parler d'un garçon.

A chaque fois que je lis ce que j'ai posté ici, j'ai l'impression d'avoir menti, sauf pour celui à qui j'ai écrit. Je sais que c'est la seule véritable histoire de ce blog. J'espère que celle dont je vais parler en sera une autre.

C'est encore un brun. Il est grand mais moins que le précédent. Il est beau, et il rayonne quand il sourit. Quand je suis à côté de lui, je me sens à ma place, dans son canapé, dans son lit, sur son fauteuil, sur son balcon, à ses côtés, je me sens à ma place.

Nous ne nous sommes pas vus beaucoup de fois. Ca se compte sur les doigts d'une main, mais je me sens bien, je me sens moi. Les questions ne se posent pas, tout semble clair. Il est là, je suis là, nous devions nous rencontrer, nous avons quelque chose à vivre.

Il trépigne, littéralement, quand il me voit au loin. Je souris, je hausse les épaules et lui trépigne. J'ai envie de courir me réfugier dans ses bras, renifler son odeur, le sentir tout contre moi. L'entendre rire, et voir ses yeux me sourire. Qu'il me demande cent fois en six heures comment je fais pour être aussi belle, qu'il nourrisse mon narcissisme parce qu'il le mérite.

Lorsque nous sommes ensemble, j'hésite entre lui parler, l'embrasser, le toucher, le caresser, l'entendre rire. J'ai l'impression que je ne profite pas de chaque instant passé avec lui et quand je suis en bas de son immeuble, il me manque déjà et je regrette de ne pas avoir passé plus de temps à l'embrasser, le toucher, le caresser, l'entendre rire. J'ai l'impression que je pourrais passer ma vie à caresser son visage, les traits de son nez, sa bouche, ses sourcils, ses cheveux, ses omoplates, tout son corps. Je pourrais passer des heures à sentir son cou, embrasser ses joues, son nez, son front, sa bouche, chaque centimètre carré de son corps.

J'adore le voir frissonner quand je passe mes ongles dans son cou, j'ai envie de lui dire à chaque seconde qu'il est beau, que je le trouve beau et que j'adore son sourire, son nez, ses yeux, ses sourcils, chaque trait de son visage. Sur son fauteuil, il me dit que je suis la femme de sa vie, qu'il est chanceux, qu'il ne se remettra jamais de m'avoir rencontré. Je souris bêtement, je réponds dans le vide, mais j'ai envie de lui répondre que c'est moi qui suis chanceuse parce que que je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi tendre, doux, gentil, respectueux, adorable, rigolo, intelligent, ambitieux, dont je suis fière.

Parce que je suis fière de lui, de ce qu'il est, de ce qu'il a accompli, de ce qu'il accompli encore et de ce qu'il va accomplir par la suite.

samedi 11 octobre 2014

Si j'avais pu savoir Combien tu t'en foutais J'aurais tué l'espoir De pouvoir t'emmener

J'oublie régulièrement ce blog et parfois je tombe dessus. J'ai souri en lisant mon dernier post.

Parce que, évidemment, comme à chaque fois que je décide de me lancer, ça n'a pas fonctionné. 17 heures, un dimanche, la conversation tourne mal, déjà trois jours que j'essaye de l'éviter, tu ne penses pas qu'on ferait de meilleurs amis que de meilleurs amants ? Evidemment, nous ne sommes ni amis, ni amants. Il voit quelqu'un d'autre, une grande blonde, je vois quelqu'un d'autre, un grand brun.

Evidemment, rien n'est aussi simple. Ca ne se limite pas à je vois un grand brun. Ca ne se limite jamais seulement à je vois un grand brun.

Non, je vois un grand brun et l'histoire est compliquée, et chiante, et fatigante, et prise de tête alors que je cherche quelque chose de spontané, et drôle, et amusant, et reposant. Quelque chose de simple.

Quelque chose de simple où je rentre chez moi et je ne me pose pas de questions, quelque chose de simple où je rentre chez moi et je n'ai pas ce foutu mécanisme de fuite qui me dit de me barrer. Quelque chose de simple où, quand je discute avec mes copines, ça se limite à ça se passe bien.

Pas des heures autour d'un verre à parler d'une situation à laquelle lui ne pense que très peu parce que, comme souvent, lui a le beau rôle. Cette notion de beau rôle est toute relative et je n'avais jamais pensé qu'il l'avait mais, plus le temps passe et plus je me dis qu'en réalité, c'est lui qui l'a. Alors ça me fatigue, et je trouve ça chiant et j'ai envie de m'en aller et de lui souhaiter bien du courage. Mais à la place, je traine mes pattes autour de lui et je me demande quand ça va cesser. Et j'ai l'impression que ça commence.

Un soir, une nuit, je ne sais plus trop, j'avais un peu bu, j'avais un peu fumé, je lui ai dis, je crois que je tombe amoureuse de toi. Et à ce moment là, c'était vrai, mes bras autour de sa taille, ma tête contre son torse, j'ai serré au plus fort et je me suis dit, merde, tu es entrain de tomber amoureuse de lui. Et j'ai eu l'impression, littéralement, de tomber. Trop heureuse de ressentir ça de nouveau, je l'ai dit. J'ai prononcé les mots et parfois je me retiens parce que j'ai envie de lui dire je t'aime. Mais je sais, quelque part, et c'est bizarre, mais je sais que je ne l'aime pas, que je ne suis pas amoureuse de lui tout le temps. Je suis amoureuse de lui quand il est là, quand j'ai ma tête sur son épaule, quand j'embrasse son cou et que je passe ma main dans ses cheveux. Le reste du temps, non, je ne suis pas amoureuse.

Alors pfff, je me demande souvent pourquoi je complique tout et pourquoi je cherche à savoir si j'aime ou non, pourquoi je ne suis pas seulement dans le moment, à profiter de ce qu'on m'offre, à prendre ce qu'on veut bien me donner. A la place, je cherche à comprendre, je réfléchis, je note, je m'enfonce dans de sales situations. Pourquoi je ne pars pas quand ça devient chiant, et compliqué, et fatigant ? Pourquoi je reste en me disant que ça ira mieux demain ?

Je sais bien, que, peut être, demain ça ira mieux, la situation sera arrangée. Mais, et c'est là tout le problème, c'est que demain, quand ça ira mieux et que la situation sera arrangée, eh bien, pour moi, demain, ça sera trop tard. Mais je ne m'en rends jamais vraiment compte avant.

jeudi 3 juillet 2014

Faut qu'il me sorte de moi. Mais ça c'est pas possible. Personne peut te sortir de toi.

C'était un mardi. Encore un autre rencontré sur un quelconque site de rencontre. En conduisant, je l'ai aperçu qui m'attendait, devant le bar, sur le trottoir, et je me suis dis, mais putain, pourquoi tu t'es déplacée jusque ici ? Souvent, je me demande si ça vaut le coup, si ce n'est pas une perte de temps. Avant, je n'y pense pas, mais c'est quand j'aperçois le garçon, de loin, qui m'attend, que je me demande pourquoi.

Pourquoi je fais le trajet, pourquoi j'accepte de, peut être, perdre une soirée avec un inconnu, pourquoi j'ai accepté, pourquoi j'ai engagé la conversation, pourquoi je m'engage là dedans ?

J'ai garé ma voiture dans un parking, ça va encore me coûter une fortune, j'ai pensé, mais je l'ai garé quand même et je suis sortie et sur le trajet je me demandais encore pourquoi, et en lui disant bonjour je me demandais pourquoi, et en m'asseyant dans le bar qu'il avait choisi, je me posais encore la question.

Et puis, nous avons discuté. Très rapidement, je ne me suis plus demandé pourquoi. Je regardais ses cheveux épais en me disant que je voulais passer ma main dedans, je regardais sa bouche en pensant à l'embrasser, je l'écoutais parler et je me disais lui, je pourrais le présenter à mes parents.

C'est toujours comme ça, au premier rendez-vous, je me demande si je pourrais le présenter à mes parents. Je me demande si à trente ans, je me poserais toujours cette question.

Bref, le fait est que lui, je me suis dit que je pourrais le présenter à mes parents.

La conversation continuait, filait, sans flirt, sans drague, juste une allusion à son physique, alors tu n'es pas déçue ? Non, pas du tout.. Et toi ? Non, tu ne ressembles pas à tes photos mais tu es très jolie. Merci, c'est marrant, parfois comme les gens changent en vrai et en photo... Bla-bla-bla, la conversation continue et vers minuit, il lâche, comme ça, qu'il ne va plus avoir de bus, je lui réponds, en regardant mon verre, foutue timidité, je peux te raccompagner chez toi, tu sais, ça me dérange pas.

Alors voilà, on paye, il me demande si ça me dérange qu'il m'invite, je réponds oui, parce que je ne veux pas commencer ces trucs, le pouvoir, l'ascendant, l'argent, la domination, alors j'ai payé ma part. Et j'ai trouvé ça bizarre.

Tout comme de le faire monter dans ma voiture, de mettre ma musique, j'avais l'impression de le faire rentrer chez moi, dans quelque chose que je ne partage pas, foutue introversion, et j'ai essayé de me détendre et de ne pas stresser ou paniquer ou je ne sais pas quoi, rester normale, et naturelle, et souriante.

En bas de chez lui, il me dit, tu veux monter boire un verre ? Je dis oui, évidemment et nous voilà, chez lui, avec son chat, je bois de l'Oasis, on discute, j'ai envie qu'il m'embrasse, il le fait et...

Nous nous sommes revus et là commencent à arriver les questionnements qui ne servent à rien... Est-ce qu'il voit quelqu'un d'autre, est-ce qu'il sert d'autres filles dans ses bras, combien, sont elles jolies, plus que moi, moins ? Sentent-elles bons ? Existent-elles ? Je n'en ai aucune idée mais mon imagination fertile, à mon grand regret, fait très bien son job toute seule : elle les imagine grandes et blondes, souriantes, extraverties et décomplexées.

Je me rends compte que mon coeur, mon cerveau et tous ces trucs que je ne comprends pas, sont capables encore, de me faire ressentir des émotions que je ne supporte pas et que je voudrais ne jamais avoir à supporter de nouveau. Cet étau qui se resserre au niveau de mon coeur, mes poumons qui semblent manquer d'air, constamment, cette peur atroce de l'annulation du dernier moment, ce moment où j'attends, encore cette attente, qu'il me dise qu'il ne veut plus me voir.

Je me demande à quel moment on est serein, à quel moment les questions ne se posent plus, à quel moment les choses sont claires, ou en tous cas définies et précises, pendant combien on reste dans ce genre de situation ?

Je ne sais pas trop, je suis déjà fatiguée et je voudrais parfois tout arrêter.