dimanche 20 mai 2012

Place Dauphine

Je me souviens un jour avoir lu un livre où le héros de Beigbeder donnait rendez-vous à celle qu'il aimait sur un banc Place Dauphine.
Je me souviens qu'un garçon m'a dit, un soir d'été, qu'il aimerait vivre sur cette place. Quelques minutes plus tard, il m'a embrassé.
Maintenant, je sors du métro, traverse le Pont Neuf et avance vers la Place Dauphine. Les bancs verts me sont désormais familiers, je passe à côté des restaurants sans les voir. Je deviens une habituée de la Place Dauphine. J'avance vers la grande porte en bois, je tape le code et je n'ai jamais entendu le clic puisque j'écoute toujours ma musique. Je regarde mon reflet dans le grand miroir avant d'appeler l'ascenseur. Je monte dedans, minuscule et étroit, il grimpe, pendant quelques secondes qui me paraissent être des heures. La voix féminine balance un Quatrième Etage plein de joie et d'assurance. Je suis arrivée.
A ce moment là, j'ai toujours une petite envie, celle de repartir en arrière, de te dire que finalement je ne viens pas. Le plancher grince sous mes pas, j'en fais toujours deux ou trois avant d'oser sonner. Je me regarde encore une fois dans le reflet, bouge mes cheveux, leur redonne du volume, regarde mon maquillage, vérifie le tout. Je sonne, j'entends ton chat, j'attends.

A chaque fois que tu ouvres, je baisse les yeux. A chaque fois, ton assurance me met une claque. Entre le métro et ta porte, j'ai essayé de me blinder, d'avoir confiance en moi. Mais tout le temps, toutes ces bêtises se cassent et je suis là, toute seule devant ta grande porte, devant ton grand toi. Ton chat miaule toujours derrière, et je suis mal à l'aise, je ne me sens à ma place seulement quand j'ai retiré mes chaussures et que je me suis installée sur ton canapé.

Je suis toujours un peu timide, un peu mal à l'aise, je dois reprendre mes marques peu à peu, me réhabituer à ta présence, à toi, à ton rire et à ta voix. Parfois je te trouve insupportable, d'autres tu m'apaises. Je ne fume pas quand je suis avec toi. Je ne fume pas et je parle de plus en plus.

Je rêve de lire dans tes pensées, de savoir s'il y a des petites voix dans ta tête et ce qu'elles te disent.

Vendredi matin, j'ai eu envie de pleurer en refermant ta porte. J'aimerais te voir plus souvent, discuter plus souvent, apprendre à te connaître. Je joue l'indifférence, je tente de garder le contrôle mais je trouve ça tellement dommage, quelque part. Mais, aussi étrange que cela puisse paraître, je n'ai jamais été aussi moi qu'avec toi.

Vendredi matin, en claquant la porte j'ai eu envie de pleurer parce que je n'avais pas envie de partir, mais je ne voulais pas rester chez toi. Etrange sentiment. Je serais restée si tu me l'avais demandé, j'ai eu envie de pleurer parce que tu avais blessé mon égo en me laissant partir ? Je ne sais pas.

Quoiqu'il en soit, je ne t'ai pas embrassé. Je ne regrettais pas lorsque l'ascenseur a annoncé de sa voix fémino-robotique le rez de chaussé. J'ai encore avancé, j'ai entendu le clic de la porte d'entrée. Place Dauphine, j'ai regardé à ta fenêtre et j'ai regretté de ne pas t'avoir embrassé.