jeudi 3 juillet 2014

Faut qu'il me sorte de moi. Mais ça c'est pas possible. Personne peut te sortir de toi.

C'était un mardi. Encore un autre rencontré sur un quelconque site de rencontre. En conduisant, je l'ai aperçu qui m'attendait, devant le bar, sur le trottoir, et je me suis dis, mais putain, pourquoi tu t'es déplacée jusque ici ? Souvent, je me demande si ça vaut le coup, si ce n'est pas une perte de temps. Avant, je n'y pense pas, mais c'est quand j'aperçois le garçon, de loin, qui m'attend, que je me demande pourquoi.

Pourquoi je fais le trajet, pourquoi j'accepte de, peut être, perdre une soirée avec un inconnu, pourquoi j'ai accepté, pourquoi j'ai engagé la conversation, pourquoi je m'engage là dedans ?

J'ai garé ma voiture dans un parking, ça va encore me coûter une fortune, j'ai pensé, mais je l'ai garé quand même et je suis sortie et sur le trajet je me demandais encore pourquoi, et en lui disant bonjour je me demandais pourquoi, et en m'asseyant dans le bar qu'il avait choisi, je me posais encore la question.

Et puis, nous avons discuté. Très rapidement, je ne me suis plus demandé pourquoi. Je regardais ses cheveux épais en me disant que je voulais passer ma main dedans, je regardais sa bouche en pensant à l'embrasser, je l'écoutais parler et je me disais lui, je pourrais le présenter à mes parents.

C'est toujours comme ça, au premier rendez-vous, je me demande si je pourrais le présenter à mes parents. Je me demande si à trente ans, je me poserais toujours cette question.

Bref, le fait est que lui, je me suis dit que je pourrais le présenter à mes parents.

La conversation continuait, filait, sans flirt, sans drague, juste une allusion à son physique, alors tu n'es pas déçue ? Non, pas du tout.. Et toi ? Non, tu ne ressembles pas à tes photos mais tu es très jolie. Merci, c'est marrant, parfois comme les gens changent en vrai et en photo... Bla-bla-bla, la conversation continue et vers minuit, il lâche, comme ça, qu'il ne va plus avoir de bus, je lui réponds, en regardant mon verre, foutue timidité, je peux te raccompagner chez toi, tu sais, ça me dérange pas.

Alors voilà, on paye, il me demande si ça me dérange qu'il m'invite, je réponds oui, parce que je ne veux pas commencer ces trucs, le pouvoir, l'ascendant, l'argent, la domination, alors j'ai payé ma part. Et j'ai trouvé ça bizarre.

Tout comme de le faire monter dans ma voiture, de mettre ma musique, j'avais l'impression de le faire rentrer chez moi, dans quelque chose que je ne partage pas, foutue introversion, et j'ai essayé de me détendre et de ne pas stresser ou paniquer ou je ne sais pas quoi, rester normale, et naturelle, et souriante.

En bas de chez lui, il me dit, tu veux monter boire un verre ? Je dis oui, évidemment et nous voilà, chez lui, avec son chat, je bois de l'Oasis, on discute, j'ai envie qu'il m'embrasse, il le fait et...

Nous nous sommes revus et là commencent à arriver les questionnements qui ne servent à rien... Est-ce qu'il voit quelqu'un d'autre, est-ce qu'il sert d'autres filles dans ses bras, combien, sont elles jolies, plus que moi, moins ? Sentent-elles bons ? Existent-elles ? Je n'en ai aucune idée mais mon imagination fertile, à mon grand regret, fait très bien son job toute seule : elle les imagine grandes et blondes, souriantes, extraverties et décomplexées.

Je me rends compte que mon coeur, mon cerveau et tous ces trucs que je ne comprends pas, sont capables encore, de me faire ressentir des émotions que je ne supporte pas et que je voudrais ne jamais avoir à supporter de nouveau. Cet étau qui se resserre au niveau de mon coeur, mes poumons qui semblent manquer d'air, constamment, cette peur atroce de l'annulation du dernier moment, ce moment où j'attends, encore cette attente, qu'il me dise qu'il ne veut plus me voir.

Je me demande à quel moment on est serein, à quel moment les questions ne se posent plus, à quel moment les choses sont claires, ou en tous cas définies et précises, pendant combien on reste dans ce genre de situation ?

Je ne sais pas trop, je suis déjà fatiguée et je voudrais parfois tout arrêter.