C'est souvent comme ça. Je joue la fille détachée, je regarde les choses se faire, se défaire, le temps qui passe, les gens qui évoluent. Je les regarde vivre sans vouloir les connaitre et un jour hop, comme ça, sans raison, il y en a un qui sort du lot et que j'ai envie de le connaitre.
Celui-ci, je l'ai rencontré sur AdopteUnMec, il était là, il m'avait charmé plusieurs fois et cette fois ci j'ai accepté. Un échange de mails sans grand intérêt où il détourne le principe du site en me demandant pourquoi je veux lui parler. Echange de numéro très rapidement, un appel concis pour qu'il entende ma voix, quand je raccroche je suis déjà conquise. Avec le temps, je comprendrais que je suis déjà conquise, comme tant d'autres. Parce que je suis loin d'être la seule, nous sommes plusieurs à être tombées dans le panneau.
La première fois que je l'ai vu, je me suis demandée ce que je foutais là, mais une fois dans le taxi, j'étais triste de l'avoir quitté. Triste et déçue. J'avais passé un bon moment même si je ne m'étais pas dévoilée une seule seconde et si je n'avais fait qu'écouter et regarder le personnage face à moi. J'ai passé ma soirée à me demander qui il était. A regarder ses gestes, à ne pas le regarder dans les yeux, à regarder ses omoplates, son cou, ses épaules. M'attarder sur sa bouche, ses jambes croisées, sa main sur ma cuisse. Ecouter ses mots, sa bouche près de mon oreille, sa façon de rire, ce côté très enfantin, ses longs cheveux noirs. J'ai passé ma soirée à me demander comment il arrivait à se coiffer comme ça, à tenter de déchiffrer ce curieux très grand bonhomme aux intonations enfantines.
Quand il m'a embrassé la première fois dans ce bar aux sièges défoncés, je n'ai pas tellement compris ce qu'il m'arrivait. C'est assez étrange comme sensation, je ne sais pas si c'est l'alcool ou l'obscurité de l'endroit, mais c'était la première fois depuis un bon moment que je n'avais pas été embrassée comme ça. Je suis finalement incapable de dire si c'est lui, si c'est l'endroit ou si c'était le bon moment. Je l'écoutais parler, mes cheveux étaient devant mon visage, il s'est approché de moi, a dit quelque chose en rapport avec la conversation et m'a embrassée. Sûr de lui, sachant que je n'allais pas refuser, tourner la tête ou l'envoyer balader.
Nous nous sommes revus à l'étranger une dizaine de jours plus tard. Je pense que la ville a beaucoup ajouté au charme de cette rencontre. Parfois je me demande si lui s'en souvient et je crois que la réponse est non. Il doit se rappeler des faits, des brides de conversation mais pas du moment. Je ne crois pas qu'il se souvienne de ce qu'on a fait, des endroits où nous sommes allés, de cette danse ridicule, de ses baisers complètement impudiques devant les regards médusés. De la nuit que nous avons passé, de ce que je lui ai raconté assise dans ce fauteuil, de la fausse simplicité du moment. Assis par terre dans cette chambre d'hôtel, à boire une vodka-cranberry dans un gobelet en carton. Le matin quand je suis partie, qu'il m'a embrassée en me disant qu'on se verrait à Paris tandis que je le laissais dans ce grand lit blanc, froid.
Nous nous revoyons de temps en temps. Il ne m'embrasse plus le matin, il continue de dormir. Parfois je rentre chez moi ravie de cette entrevue, d'autre fois je supprime son numéro, désactive mon compte et supprime toutes les façons que j'ai de le contacter. Et je passe à autre chose, il revient souvent vers moi une semaine plus tard. Parfois c'est une dizaine de jours après notre dernier rendez vous.
Plus le temps passe et plus je trouve nos rendez vous agréables. Je ne sais pas trop pourquoi. La dernière fois que nous nous sommes vu, nous n'avons pas couché ensemble. Je me suis endormie dans ses bras, je ne sais pas ce qu'il attendait de moi, mais je n'avais besoin que de ça, d'une tendresse qui n'attendait rien en retour. Peut être attendait-il quelque chose, mais c'était un de ces soirs où je n'avais pas envie de donner quoique ce soit.
Je n'attends pas après lui. Parfois je me dis que je suis qu'une femme-objet dans son palmarès et ça me rend un peu triste, mais plus souvent, je m'en fiche un peu. J'aime bien les moments que nous passons ensemble, j'aime bien sa façon d'être et sa façon de se comporter avec moi. J'aime bien oublier un peu qui je suis en voyant quelqu'un qui n'est pas du tout de mon quotidien. Nous n'avons rien en commun, une relation serait impossible (et ridicule) mais les moments que nous passons ensemble sont des bouffées d'air frais dans un quotidien qui souvent m'étouffe.
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