J'ai du mal à concevoir mes relations sans violence, sans manipulation, j'ai du mal à m'imaginer dans une relation saine, claire, sans aucun doute ni questionnement. Je ne me vois pas assise à côté de quelqu'un sans lui parler, j'ai du mal à saisir l'avantage de la routine. Dire bonne nuit à la même personne chaque soir me terrifie, prendre mon petit déjeuner en face du même garçon m'angoisse, discuter d'EDF et du loyer avec un homme me fait vraiment flipper.
Je ne parle que de relations amoureuses parce qu'amicalement, je ne vois pas mes relations autrement que très lisses, tendres, sans heurt ni violence. Mes amis sont mes bouées, ils sont là pour m'aider à ne pas couler, ils ne doivent pas me bousculer, je ne supporte plus d'avoir des amis qui me secouent pour me faire réagir.
J'aime le drame, j'apprécie que ça se bouscule dans mes relations amoureuses. J'adore me poser des questions sur l'homme que j'ai en face de moi. J'aime ne pas savoir qui il est, j'aime qu'il se joue de moi, j'aime qu'il me manipule, qu'il se moque de moi, qu'il m'utilise. J'aime qu'il ne veuille pas de moi, qu'il n'ai pas envie de vivre quelque chose avec moi, j'aime ceux que les autres appellent les Connards. J'aime les Connards qui annulent les rendez-vous au dernier moment, qui me font des faux compliments, qui soufflent le chaud et le froid, qui réussissent à briser des coeurs en un claquement de doigts.
Parce que j'aime leur inventer des histoires qui expliqueraient leur comportement. Il est timide, il a souffert, il ne sait pas s'y prendre, c'est un ancien moche donc maintenant il joue de son physique, il a eu des problèmes dans son enfance, son ex l'a trompé puis quitté, une fille s'est jouée de lui. Je leur invente des excuses, ils n'ont pas besoin de m'en donner, j'en ai pleins pour eux. J'adore ça, et j'adore par dessus tout les sauver.
Je leur pardonne le mal qu'ils me font parce que ça me fait me sentir vivante. Je ne sais pas si je souffre vraiment, je suis plus souvent euphorique que malheureuse. Quoiqu'il en soit, les autres pensent que je souffre, donc le comportement de ces Connards est censé être douloureux, mais il me fait respirer. Ce comportement est ma bouffée d'oxygène, leur attitude est ce qui me fait me sentir vivante face à l'autre sexe.
Je me suis retrouvée face à des Gentils, mais je n'arrive pas, je n'ai personne à sauver, ils n'ont pas besoin de moi, je n'ai pas l'impression de leur être indispensable, leur vie est aussi jolie sans moi. Alors que les Connards souffrent, ils ont besoin de moi, ils ont besoin d'une infirmière, ils ont besoin d'être dorloté, d'être chouchouté.
Mes préférés sont les Connards Silencieux. Ceux qui ne parlent pas d'eux. Il est simple de leur inventer une vie, une histoire, une situation, des drames. Mon imagination répond aux questions qui les rend silencieux, j'analyse chaque soupir, chaque regard. J'analyse les mots choisis, les silences, les sourires, je les rend triste ou heureux selon ce qui m'arrange, je garde seulement le bon, et je pense que les méchancetés sont là pour me faire fuir, elles sont dites uniquement parce qu'ils veulent voir jusqu'où je suis capable d'aller pour les sauver, pour les sortir de leur Enfer personnel. Je suis persuadée qu'ils me testent en étant méchant.
Je ne sais pas si c'est de la naïveté ou de la bêtise, mais je n'arrive pas à me dire qu'un Connard est juste un Connard. Mes Connards sont des garçons qui souffrent, mes Connards sont souvent prétentieux mais je leur trouve toujours une excuse : ils font semblant, ils ne sont pas vraiment prétentieux, derrière ce masque, cette carapace, il y a un garçon timide, un garçon qui a souffert et je donnerais tout pour qu'ils se confient à moi, je rêve de les soigner d'une maladie qui n'existe pas.
Et dès que j'ai l'impression d'avoir réussi, dès que je pense qu'ils vont mieux, qu'ils se sentent enfin bien, je peux m'en aller.
Et chercher quelqu'un d'autre à sauver.
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