J'écoute Lana Del Rey et je pense à toi.
Je pense au jour où je t'ai fait écouté Video Games, tu ne connaissais pas alors que toute la toile ne parlait que de cette fille. C'est la première fois que tu m'as dit Ah non, je ne connais pas. C'est la première fois que je t'ai fait connaitre quelque chose. Mais tu as sûrement oublié. Et j'étais fière, mais tellement fière. Quand tu as regardé Garden State aussi, je t'en avais parlé, tu l'as regardé. Je me dis que j'étais un peu dans ton quotidien, finalement, peut être. Je me raccroche à des détails.
Alors que toi, pour les quelques mois qui viennent, tu es dans mon quotidien. Dans ces livres que je lis, dans ce thé que je bois, dans les publicités à la télévision, parfois même dans la rue, quelque fois tu as été dans le métro ; tu es là, partout. Comme si tout le monde me disait qu'il ne fallait pas t'oublier, que je ne devais pas t'oublier. Comme ton comptable qui m'appelle. Qui décroche en donnant le nom de ta société, mon coeur a manqué un battement, j'ai eu du mal à comprendre ce qu'il me voulait, et j'avais envie de lui demander si tu étais rentré à Paris.
C'est ridicule. Les signes ne sont des signes que lorsqu'on leur accorde de l'importance. Murakami est partout dans ma chambre, Miyazaki aussi, les baguettes que je voulais t'offrir sont dans mon sac. Je met de la crème sur mes mains, me maquille de nouveau et regarde mes vernis d'un autre oeil. J'essaye de me tenir le plus droite possible, je repense à tes mains qui appuient sur mes épaules pour que je me tienne un peu plus droite.
Je repense à ta main dans mes cheveux quand je pleurais. Je regrette t'avoir dit que je ne voulais plus te voir mais je sais que c'était la meilleure chose à faire. Pour moi.
Je suis fatiguée de jouer à la méchante, je suis fatiguée d'être dans le contrôle tout le temps. Je suis fatiguée de me faire avoir, je suis fatiguée d'être perdue, je suis fatiguée d'avoir du mal à savoir qui je suis. Je suis fatiguée de tout ça. J'aurais aimé être plus forte, j'aurais aimé être capable de disparaitre sans rien dire, sans attendre de tes nouvelles.
Et là, et là, c'est étrange parce que j'ai senti quelque chose chez toi. Le premier soir, la première fois que je t'ai vu au loin, tes premiers mots. Le premier verre que nous avons bu, tu avais oublié de donner deux euros au serveur, je savais déjà qui tu étais, et j'ai donné la pièce manquante. Il m'arrive, parfois, de tout me reprendre en pleine tête.
Je suis le genre de fille à tout donner dans les relations, à donner de mon temps, de ma personne et parfois même à me perdre. En amour, en amitié, j'ai toujours fonctionné comme ça, je ne m'enfuis pas face au premier mur, je me bat pour le détruire pas seulement l'escalader. Mais toi, je ne sais pas. J'ai laissé tomber. Je crois que j'ai laissé tomber, c'est la première fois.
Et je m'en veux. De laisser tomber parce que je ne suis pas comme ça. Et c'est la dernière fois que je parlerais de toi, je vais devenir folle à m'adresser à toi comme si tu me lisais.
Mais j'ai tellement de trucs à dire, de trucs que j'ai tu par fierté et je sais que j'ai bien fait. Parce que pour la première fois, chez toi, dans cet immense lit, j'ai ressenti, de nouveau comme un flash, comme un éclair d'amour. Alors bien sûr, ce n'est pas de l'amour à proprement dit, mais j'ai ressenti, pour la première fois depuis Martin, ce truc, cet élan de tendresse, cette envie de protéger.
Tu dormais, je te regardais sur ton canapé, tu étais allongé dans ce très grand lit, un oreiller dans tes bras, j'ai caressé tes cheveux, t'ai embrassé le front et je suis retournée m'assoir. De loin je te regardais, j'ai murmuré tu es tellement mignon, j'ai eu énormément de tendresse pour toi, j'ai eu ce flash d'amour, comme une poussée d'adrénaline, mon coeur a battu plus fort, mon sang a coulé plus vite dans mes veines, mon coeur s'est serré, j'ai soupiré. L'espace d'une seconde, furtivement, je me sens sentie fragile, dévouée, toute entière à toi. Ca n'a pas duré longtemps, le temps d'une respiration, j'étais là, assise dans ton canapé, Love & Pop dans les mains, je caressais distraitement ton chat, et une seconde, je me suis sentie amoureuse.
Sentiment étrange, qui ne m'avait pas manqué. Pendant cette seconde, j'ai été terrifiée du mal que tu pouvais me faire et soulagée de me rendre compte que j'étais encore capable de ressentir ce quelque chose.
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